Préparation
Extraits du dossier qui a permis le financement du projet


 

INTRO-arctic

 

 

Trajet-vers-le-groenland

 

 

kittiwake

 

 

comm

 

 

record

 

 

partenaire

 




Vidéos
Quelques extraits vidéos... réalisé avec un canon "de poche"


Vue d'Ittotokurmit

Village inuit de la côte Est du Groenland

Ice song

Dans le Kjerulfs fjord Groenland

Progression dans leForsblads Fjord

Benjamin sur Kitti

OURS

Trés mauvaise vidéo d'ours du Svalbard, pris à travers des jumelles.

Vie à bord de Kitti

Instant de repos au milieu de rien


Sauvetage au spitsberg

Par un navure et une équipe Russe

Un renne sur une "plage"

Au spitsberg. Animal peu farouche

Le chant des oiseaux

Groenland côte EST

Fight club

Excellent souvenir avec Benjamin.

Vie à bord de Kitti

Instant de repos au milieu de rien


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Le Récit
L'application n'est supporté que par Safari... Je l'ai mis en ligne ici pour vous, sous un format plus classique


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Blog de l'expedition K2K

Une expédition de 3 mois Au-delà du cercle Arctique, sur un voilier - 5 membres d'équipages - Départ/retour Nieuport Belgique.

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1, Juillet : NIEUPORT BELGIQUE

Nous sortons d'un sommeil réparateur bien mérité après une préparation longue et intense... De nombreuses choses restent à faire avant le départ de demain... A 24h du départ,les regards se croisent, nous parlons peu et l'ambiance... A les voir on peut imaginer qu'ils sont déjà loin! Un ultime briefing pour les envois de photos et de textes, à partir de maintenant nous allons devoir vous faire vivre l'aventure en quasi-direct... Nancel devra s'imposer un rythme de transmissions pour que nous puissions vous surprendre, vous émouvoir et surtout vous faire participer à leurs rêves... Pendant 3 mois vous partez en Arctique avec Paul, Anne, JC, Francis et Nancel... Préparez-vous.

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1, Juillet : Brain storming météorologique.

La pluie est toujours la.. De mauvaises nouvelles sont à l'ordre du jour : "nous avons déjà dépassé le budget et allons devoir travailler toute la nuit". Après quelques plaintes l'équipe s'est organisée, et s'est repartie les taches. Paul avoue manquer de sommeil, il est vrai que depuis hier toute l'équipe s'active à bord. Les voiles sont à poste, le tableau électrique fonctionne (nous pourrons recharger nos batteries), l'alternateur également et le moteur, après quelques étouffements a décidé de nous accompagner pour ce voyage. Dans le ventre de Kittiwake-centaure le materiel se range petit à petit et la voiture de Paul attend sur le parking, encore chargée de bidons vides, de bouteilles de plongées, d'équipements de montagne et de sacs de charbon... Il pleut toujours et nous nous apprêtons à passer une dernière nuit de préparation.


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6, Juillet : Prêts pour le départ

Comme prévu la nuit a été courte pour l'équipe, jusqu'au petit matin ils ont travaillé aux derniers préparatifs. Ainsi, les bidons de réserve ont été arrimés et une structure en bois les emprisonne. Nancel, après avoir rangé le carré, s'est attelé à la construction d'étagères. Petit à petit les outils quittent le bord pour faire place aux effets personnels de chacun. Ce soir Christophe (le sponsor) nous a rejoint et s'apprête à vivre les 12 dernières heures a bord. Départ prévu demain à l'aube, si la météo, nous est favorable et qu'aucune avarie de dernière minute n'empêche le départ...


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8, Juillet : Ils sont partis !!!

Avec une semaine de retard 'Kittiwake-Centaure' a quitté son port d'attache où l'ambiance est devenue festive avec le début du championnat d'Europe Motonautique. Le soleil, qui s'était fait oublier depuis des jours, est lui aussi de la partie et la nuit s'annonce douce à bord... La vache (réservoir souple pour le gasoil) fuit légèrement, et ils vont devoir supporter une odeur fort désagréable pour une première nuit en mer. Nancel me tape une dernière fois sur l'épaule, un salut à Florian monté sur le dock pour capturer les images de ce départ, et puis... Ils s'éloignent du quai, Paul explique à Nancel comment éloigner Kittiwake du quai, la manoeuvre est parfaite et déjà le bateau glisse sur l'eau...

Il est 21h30, la soirée est douce, le silence et le vent essaient de nous retenir ici, mais comme eux nous devons partir, dans trois heures nous serons sur l'autoroute, eux s'organiseront probablement pour les quarts après avoir dégusté le plat de riz préparé par Jicé. Anne est assise sur les bidons, elle passe un dernier coup de téléphone... Benjamin fait les cent pas sur le ponton, il n'a plus le même sourire qu'hier, celui qu'il arbore aujourd'hui est crispé.

Francis s'est armé de son appareil photo et d'un caméscope pour tout immortaliser, Paul, quant à lui, ne fait rien... il est debout derrière sa barre en attendant d'avoir fini le plein de carburant. Jicé fume une cigarette en regardant le spectacle offert par le coucher du soleil. Larguez l'avant puis l'arrière... On agite nos mains en guise d'au-revoir... blues pour ceux qui restent… A dans trois mois les gars!

Arctique-7

8, Juillet : Cap sur l'Ecosse - 53° 56 N-001°21E

Mer du Nord au large de la cote Est de l'Angleterre (Sheringham) Zone KILO. Après notre départ de niewpoort le tour de quart a été organise par Paul, des quarts de 4 heures pendant la journée et de 3 heures la nuit, par équipe de deux : Paul-Anne, JICé-Benjamin, Francis et moi meme... Nous avons commencé par celle de 5 H du mat a 8 premier lever de soleil...

Je suis content, malgré roulis tangage et gîte qu'il va falloir apprivoiser rapidement. La vache a fioul ne fuit plus grâce à une petite réparation rapide.. Cela tiendra t'il...

Nous avons dû rentrer le génois dans la journée et depuis l'enrouleur coince... Impossible de s'en servir. Dommage, l'allure n'est plus la même.

Faisons cap sur l'Ecosse.


Arctique-305

9, Juillet : Mer du Nord - 55° 57 N-001°52E",

Je vous envoie une photo super... de la mer du nord... coucher de soleil sur mer calme, apparemment assez rare dans ces eaux... Température extérieure 12° ... mer plate et absolument splendide... le bonheur quoi !!! Au large de l'Ecosse, à une dizaine de miles de la côte, arrivons sur l'embouchure du 'FIRTH of FORTH', ville la plus proche d'Edimburgh. Nous nous dirigeons sur Peterhead pour faire escale... douche et plein de fuel (semble-t'il moins cher) Le moral de l'équipe est au super beau fixe... Nous dormons pas mal en ce moment.. Le temps je pense de se caler avec nos quarts... Impression de vivre pour l'instant une très longue journée. Nous nous croisons sur Kittiwake à l'heure des repas et tu ne sais jamais s'il s'agit du petit déjeuner ou du dîner... Je vous conseille l'apéro Porto au réveil... A 2 heures du mat' je finis mon quart avec Francis...

Je vous embrasse tous.

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11, Juillet : Peterhead Ecosse

Nous sommes donc arrivés hier, Mercredi à 14 h a Peterhead petit port industriel (pétrole) du Nord-Est de l'Ecosse sous un soleil extraordinaire et une mer d'huile... un parfait miroir.

Nous pensions partir ce matin pour les îles Shetlands...mais l'alternateur qui nous a déjà posé un problème au départ, demande une réparation, révision ou poubelle... Nos besoins en électricité à bord en dépendent... sujet important... Nous gérons donc le problème avant de repartir, sans oublier de goûter a la panse de brebis farcie.

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16, Juillet : Pas d'escale possible sur les plateforme pétroliére - 61° 42.3 N-001°02.8 E

132 miles parcourus depuis Lerwich. Nous marchons à 7 noeuds de moyenne, en vent arrière mais toujours avec le moteur, il faut absolument rattraper le temps perdu afin d'arriver le plus vite et le plus haut possible début août.

Une houle de moins d'un mètre nous arrive de bâbord arrière et ça roule pas mal. Les manoeuvres sur le pont sont assez réduites et nous passons plus de temps à veiller, à lire et à manger. Voici une intéressante vision nocturne: traverser un champ de plate-forme pétrolière. Benjamin et Jicé se sont fait suivre et interpeller (canal 16) par un petit chalutier chargé de la surveillance des lieux...

Il est interdit de naviguer à plus d'un mile de ces énormes machines inertes, et je crois que nous y sommes allés à la curiosité. C'était finalement les dernières "choses" a "voir" avant l'arrive à Bodø... maintenant nous sommes entre nous.


Arctique-10

17, Mer Nature - 64° 06.4 N-05°58.2 E

Temps affreusement calme depuis notre départ de Lerwick, Nous avons un vent de Nord-Ouest entre nada et force 2 grand maximum, donc très peu d'activités sur le pont. Il a fait jusqu'a 18° sous abris et l'eau est a 14°, à notre grande et belle surprise. Nous avons l'impression que l'anticyclone nous poursuit sur notre route, et l'illusion que nous arrivons dans quelques jours a Marseille. La création de nouvelles activités est de mise... le repos est réparateur, la douche inattendue (comme vous pouvez le constater), la lecture est plaisante, les repas sont nécessaires, la veille est notre plaisir... mais tout ceci nous laisse quand pas mal de temps libre. C'est une nouveauté je pense pour tout le monde et finalement fort agréable. J'essaye, pour ma part de m'en délecter. Du temps pour la contemplation, notamment pour admirer des couchers et levers de soleil de plus en plus au Nord, qui durent une éternité. Pas de terre, pas de bateaux a l'horizon, très peu d'oiseaux mais des couleurs, des nuages et un gigantesque miroir sur lequel nous naviguons, qui nous renvoie cette lumière rasante en y rajoutant des effets de brillance et d'éclats. La rapidité de changement de ce spectacle participe à l'attention qu'on peut y porter... Aujourdhui il se couchait à 23 H 40 et se levait à 3 H 20.Nous vous préparons des images de ce spectacle que nous vous enverrons de Bodø.

Arctique-308

18, Juillet : Ile de Engelöya.

67° 20.9 N-13°66 E

23 H 10 Appontage au lieu dit : Rötness. Petite baie de l'île de Engelöya. Une île parmis les millions d'autres... Nous avons passé la journée a louvoyer entre elles.

Un labyrinthe dans lequel la terre est aussi présente que l'eau, un mélange d'ambiance haute montagne, avec la neige que l'on commence à voir sur tous les sommets (plus ou moins 1000 mètres), et d'ambiance maritime. L'arrivée dans la baie très protégée nous a soudainement donné l'illusion d'amerrir sur un lac de montagne.

Quelques maisons (rouges évidement), le cri des moutons d'alpage, le calme de l'eau et un coucher de soleil nuageux. Nous étions prêts a mouiller là, persuadés d'être seuls, mais le coin était habité... Pêcheurs, fermiers, etc. Cyril, un anglais, cow-boy et instituteur nous a accueillis et invités à visiter sa maison retapée... un monstre de confort et de design...

Ou sont nos terres vierges...

Demain, c'est sûr, nous irons un peu plus haut encore.

Arctique-11

20, Juillet : Arrivé à Bodø Norvege - 67° 20.9 N-13°66 E

7 H 40 Amarrage à la marina de Bodö. Après l'accueil des dauphins qui nous ont réveillés pour certains, et tenus en éveil pour d'autres, jusqu'à l'arrivée à Bodö. Toute l'équipe s'est calée au fond des sacs de couchage afin de récupérer.

Une lumière et un ciel, comme un signe de bienvenue, nous attendaient au réveil. Le reste de la journée étant consacrée au ravitaillement en fuel, douche (sacré moment), lessive, achat de cartes maritimes manquantes, et visite de la ville avec en prime une bière en terrasse, notre moment d'été, a 45 Couronnes (plus de 50 F) hors de prix...

Nous sommes tous sur un petit nuage...


Arctique-12

27, Juillet : Passage du cercle arctique

66° 58 N-12°48 E

>Nous venons de passer une étape symbolique de notre voyage, le passage du cercle arctique, 66° 33 Nord, au large des cotes norvégiennes, a quelques heures de navigation de Bodö (+ ou - 8 heures), dans des conditions météo encore exceptionnelles. Un événement fêté dans l'équipe avec une joie toute contenue... émotion ou timidité? Il est 17 heures et Paul marque l'événement en nous baptisant tous a l'eau de mer. Depuis nous longeons la cote de plus en plus près. Une cote extrêmement découpée, avec une multitude d'îles de toutes tailles regroupées en essaim. Une terre assez aride sans végétation apparente (nous sommes à quelques miles des cotes) avec de nombreux sommets enneigés, donnant l'impression d'une chaîne montagneuse. les conditions météo et le crépuscule enveloppent le tout d'une atmosphère assez hypnotique... Décidément le rose et le bleu clair restent des couleurs indissociables à l'immensité de la nature, empreinte à nous fasciner.

Mon quart se termine à 2 heures et l'arrivée et prévue à 6 heures. Je crois que rien que pour profiter du paysage, je vais assister la manoeuvre jusqu'au bout...

Il sera toujours temps de récupérer.

Arctique-17

26, Juillet : Approche de l'île aux ours

73° 24.1 N-17°56.4 E"

Pas d'images pour aujourd'hui, juste un petit panorama de Bodø pour patienter...

Nous nous dirigeons vers l'archipel du Svalbard, pour une escale vraisemblable Longyearbyen sur l'île de Spitsberg.

Encore 9 heures de route et nous serons au large de "l'île aux ours", mi-chemin. Nous ne nous y arrêterons pas mais pour ne pas passer sans la voir, nous faisons un petit détour. Le temps s'est calmé, nous avons eu une mauvaise mer depuis notre départ de Tromsö...

Creux de 2 3 mètres, vent de force 7, heureusement il ne pleuvait pas. Du coup les dernières 40 heures (Jeanne je t'embrasse fort) nous nous sommes peu croisés sur le bateau... les deux personnes de quart veillaient et le reste de l'équipage dormait. Il faut dire que rien n'est possible avec ces secousses, même lire est chose difficile. Je l'ai tenté et j'ai eu droit a un mal de cou (merci Monfreid). Les repas sont engloutis, la toilette est repoussée, la communication semble bien superflue...

Une vraie vie de sauva ge.

Arctique-311

27, Juillet : Arrivé au Spitsberg

76° 27 N-16°17 E

Ca y est. Ce matin, à 01H40, nous apercevons la côte sud du Spitsberg. Les derniers miles n'ont pas été faciles, à l'approche de l'île Sorkappoya (petite île au sud), des vents violents on soufflé 8 à 9 beaufort avec une mer très agitée. Benjamin et Jicé, avec une température de 2 degrés, le vent et les embruns, ont eu beaucoup de mal a affaler les voiles. Benjamin a eu très peur pour ses doigts, n'ayant pas eu le temps d'enfiler ses gants. Il ne restait que la trinquette et la misaine avec trois rie, Kitti avançant à plus de 9 noeuds.

A 2 heures, pour notre quart, Francis et moi-même pensions être à l'abri de la côte, le vent venant d'Est... mais non. En fait un énorme glacier (le Olsokbreen) descendant directement dans la mer formait un parfait couloir pour le vent. Ce n'est qu'après l'avoir dépassé, vers 5 heures, que soudainement les éléments se sont calmés. Le ciel s'est aussi rapidement dégagé et nous sommes revenus à des températures plus clémentes. Le Spitsberg s'est présenté comme nous ne l'aurions jamais espéré, sous le soleil. Nous nous dirigeons actuellement dans la baie de Hornsund (un nid à glaciers) pour y trouver mouillage et calme.

Le mont Hornsundtind (1431 mètres) est caractéristique puisque ce sont ses montagnes déchiquetées qui ont donné son nom a l'île (Spitsberg veut dire 'déchiqueté' en Norvégien).


Arctique-307

27, Juillet : Mouillage dans la baie Vesteryagen.

77° 29 N-14°29 E

Après l'envoi du dernier mail dans la journée du 27 juillet, un vent soudain de force 10 se lève, m'empéchant d'envoyer l'image de notre première vision du Spitsberg.

C'est à l'approche de l'embouchure du fjord Bellsund qu'il se réveille, venant du Nord-Est, il a toute possibilité de prendre de la vitesse dans ce gigantesque couloir. Il nous fallut plus de 4 heures supplémentaires, naviguant sous trinquette seule et moteur pour atteindre la baie Vesteryagen. Mouillage recommandé sur la carte et effectivement très protégé. Paul nous donne une belle leçon sur l'approche et la manière de mouiller, notamment 'prendre le temps', malgré l'impatience naturelle à se poser enfin.

4 mètres de fond, l'ancre est bien accrochée au fond, le pont en ordre, nous pouvons admirer et contempler les lieux, il est 18 H 29. Le fait de savoir qu'il n'y a plus de nuit est un élément de confort nouveau et apaisant. Nous prenons le temps de préparer un vrai repas, forcément un peu trop copieux et arrosé, et évitons toute précipitation pour gonfler et préparer l'annexe. Malgré l'heure (presque minuit), Francis Jicé Benji et moi-même décidons de mettre un pied a terre pour une petite visite de glacier. Mer, rivières, lacs, torrents, montagne, glaciers, voilier, île, jour, marée, courant, soleil et solitude certaine... Il est 2 heures du matin, il fait presque bon et nous sommes sur le chemin du retour. Benji lève la main pour nous designer un promontoire sur lequel une masse blanche semble se mouvoir. Il est à 150 ou 200 mètres et c'est un ours blanc, le terrain qui nous sépare de lui est plat et un peu marécageux, le temps de prendre une photo (évidement c'est un peu loin) et j'avoue que j'ai sérieusement accéléré le pas. Etant à plus d'un quart d'heure de marche de l'annexe, nous n'avions pas pris le magnum... ce fut une erreur. Le roi des pôles est venu nous saluer le premier jour. Nous sortons Anne et Paul de leur sac de couchage pour admirer le King sur son promontoire, visible depuis le Kittiwake. Nous nous coucherons bien plus tard après être allé voir à l'autre bout de la baie une cabane de bois, l'antre mythique du trappeur, entourée de quelques tombes sur l'une desquelles gît un fémur humain, sans doute déterré par des charognards. Un instant plus tard, sans qu'on ait pu deviner sa présence, un Renne se manifeste à 100 mètres calmement et s'éloigne. Puis des Sternes nous attaquent sans hésiter pour protéger leurs oeufs, posés à même le sol à quelques pas de la. Un petit jeu Hitchcockien assez amusant que nous jouons malgré tout avec prudence. Avant de rejoindre le Kitti, nous faisons un petit détour en annexe le plus discrètement possible afin de rejoindre un groupe d'une douzaine de bélugas dont on entend le souffle puissant. A peine arrivés sur place, ils disparaissent sous l'eau et réapparaissent 800 mètres plus loin...

Tant pis, nous avons le temps...

Arctique-16

28, Juillet : Merci les Russes !!

77° 29 N-14°29 E

A notre réveil (16 heures), Paul et Anne sont prêts pour un petit trek. Nous les déposons au pied d'un des glaciers et c'est parti pour 12 heures de marche. Le reste de la journée s'écoule entre observations, lecture, écriture, bain dans un petit lac de glacier et rangement du voilier, puis déjeuner ou dîner. Jicé, Benji et moi-même nous couchons à 5h. Le réveil est branché sur 6h afin de faire un petit tour sur le pont, et veiller au retour de Paul et Anne. Je me lève... personne. Nous sommes chargés de recommencer l'opération toutes les deux heures. Je branche à nouveau le réveil sur 8h et retourne me coucher, glacé. Une fraction de seconde plus tard, il sonne de nouveau... 8h10. Je somnole, Benji se lève, passe la tête a l'extérieur, il trouve que Kitti gîte un petit peu et hurle que nous avons touché.

Réveil instantané de tous, démarrage moteur, essai de marche avant à toute puissance barre à tribord toute... rien... marche arrière toute... rien... Kitti est bien accroché au fond et commence à se poser sérieusement, le gîte est de plus en plus prononcé. Le fond est constitué d'un limon très fin venant des glaciers, dans lequel Kitti s'est enfoncé sans choc ni brutalité. Paul et Anne arrivent et montent à bord. Kitti est maintenant posé sur le flanc bâbord, la marée descend, la mer est très calme à cet endroit et Kitti n'a aucun mouvement inquiétant. Sous les ordres de Paul, nous commençons par stabiliser le bateau. Une deuxième ancre à jas est mouillée, à l'aide de l'annexe, sur tribord arrière à plus de 100 mètres. Le câblot est winché à fond afin de maintenir une tension, idem pour l'ancre principale. La mer est calme, il fait 8°C sous une légère brise, il est 11 h 30. Nous sommes tous un peu abasourdis et fatigués. Toute tentative de traction de Kitti est vaine: il faut attendre la marée montante. Nous avions remarqué au loin la présence d'un cargo depuis notre arrivée et Paul nous envoie demander de l'aide au cas où... C'est un cargo russe, le 'Polar Pionneer', 27 équipiers dont 7 femmes, gros navire de tourisme, naviguant entre l'Arctique et l'Antarctique. Il commence la saison et partait chercher sa cargaison d'Australiens à Longyearbyen. Le capitaine nous accueille avec beaucoup de sympathie. Il est encore un peu tôt pour une tentative de remorquage, il fait donc rapatrier le reste de l'équipe à son bord et nous reçoit dans sa cabine, où il nous fait préparer un repas. Le sol est horizontal, la température est de 21°C, c'est presque trop pour nous... A 15h30 nous repartons à bord d'un de leurs zodiacs, accompagnés du bateau de survie, afin de tenter un remorquage. Le capitaine est prêt à déplacer son cargo si nécessaire, Paul juge que ce ne sera pas la peine. En effet, Kitti se dégage très facilement. Expérience difficile, surtout pour Paul, pendant laquelle tout le monde a répondu présent avec beaucoup d'énergie. On a bataillé - transpiré - inventé - innové, c'est extrêmement rassurant pour l'avenir.

Le skipper est resté skipper, les coéquipiers coéquipiers... un bon équilibre pour la suite.

Arctique-308

30, Juillet : Longyearbyen

77° 29 N-14°29 E

Après un excellent dîner préparé par Anne, qui se révèle de jour en jour être une excellente cuisinière, je le précise car les critiques sur la cuisine belge ont fusées dés le départ de la part des Français... (Un petit conseil pour les organisateurs d'expédition: impliquer tout le monde dans l'avitaillement, cela evitera toutes critiques. La nourriture est un sujet extrêmement sensible.) Nous mettons au vote le fait de partir de suite, ou après un petit somme. Il est décidé de larguer les amarres.

Donc départ à 11 h 55 du fjord pour une navigation plutôt tranquille de quelques heures.Le paysage et les couleurs restent stupéfiants. Nous commençons à apercevoir un début de civilisation a l'entrée du principal et plus large fjord du Spitsberg. C'est à dire quelques bâtiments industriels, sur une lande complètement denudée, entassés sur le peu de terre disponible, au pied des montagnes en bord de mer. L'approche de Longyearbyen est simple, il y a un mouillage un peu au large a plus de trente mètres de fond et une "marina". Un simple ponton à deux places, il y a déja trois voiliers amarrés. Nous nous mettrons à couple d'Armelle un magnifique 16 mètres sous pavillon breton (Lorient). Les pontons en dur étant réservé au cargo de tourisme. Nous retrouvons notre ami russe le Polar Pionner. En face de la marina se trouve la capitainerie, bâtiment neuf et chauffé avec douche et buanderie...

le grand confort. Il faut marcher plus d'une demi-heure pour rejoindre le centre ville, et traversé une zone industrielle sur une route posée sur un champ de charbon. Sur le flanc de la montagne, des vestiges de l'exploitation minière, et sur la route des 4X4 et gros trucks dernier cri vous accompagnent. Longyearbyen est une ville moderne, la population est jeune et gaie. Il y règne une atmosphère de liberté de confort et de sécurité. Une très belle université semble y enseigner des matières plutôt passionnantes d'après Pola, une Russe glaciologue...

Joli spot.


Arctique-14

3, Aout : Le glacier Kollerbreen

78° 18 N-15°25 E

Après consultation de toute l'équipe, nous décidons de partir pour un dernier petit tour au Spit Nord, avant de s'attaquer à la banquise et à la traversée vers le Groenland. Nous nous sommes procurés la carte des glaces au siège des Sysselman (gardes côtes-forestiers du spit). Il n'y a que l'extrême Nord-Ouest du Spitsberg, et la banquise n'est pas très loin dans les 82°... elle est particulièrement haute cette année apparemment. 20 h appontage au quai principal afin de faire le plein de carburant en prévision de notre traversée. C'est un peu la guerre pour se faire une place. Nous remplissons toutes les vaches et les 2 bidons de 500 litres qui sont sur le pont arrière, pendant qu'un magnifique trois mats de 45 mètres, l'Oceania (Pologne), claironne sont impatience dans la baie.

Une fois le carburant réglé (2,6 couronnes/L, le fuel est détaxé) Kitti sort du fjord, vent arrière sous un superbe soleil. Nous nous engageons dans Fordlandsundet, il est 03H, un passage entre le Spit et la petite île toute en longueur : Pins Karls Forlands, nous devons mouiller à Ferskvassbutka, ou il devrait y avoir des morses d'après nos renseignements. A 10 h 30, nous y sommes mais pas de morses à l'horizon. Nous longeons la côte pendant une heure à 2 noeuds jumelles au yeux. NADA...

Tant pis nous aurons bien d'autres occasions d'en voir, et reprenons la nav sous moteur, il n'y a plus de vent. Toujours plus au Nord vers Krossfjorden, laissant à tribord le fjord Kongsfjorden et la ville de Ny-Alesund. Nous nous engageons dans Moller Fjorden, au fond duquel... un glacier nommé Kollerbreen. A notre arrivée la mer est remplie de "glaçons", du plus petit au plus gros (50 cm de haut sur 8 mètres). Kitti se fraye un chemin a petite allure. Le plus surprenant est le bruit. Collez votre oreille a un verre rempli de glaçons et imaginez...Ils cassent, crépitent et s'usent les uns contre les autres. De tout ça se dégage des sons forts et clairs. Nous nous rapprochons du glacier, une falaise de glace de 25 mètres de haut. Un amoncellement désordonné d'énormes blocs dans lesquels des arches laissent apparaître des tunnels, anciennes rivières souterraines. Se mêlant au son des glaces, d'énormes coups de tonnerre réguliers parviennent du glacier. Il s'écrase, se tasse, se fend et des pans entiers tombent. Une chute tout aussi bruyante qui finit en vaste onde parvenant jusqu'à nous, l'unique houle perceptible dans ce fjord. La base du glacier a fondu sur 50cm à 1m de haut, et la mer passe dessous. Il à l'air de flotter, tout n'est qu'équilibre. Sur le chemin du retour, un joli trois mats nous attend: Rainbow Warrior. Il est apparemment là pour un reportage. 21 h 30 nous atteignons une petite crique, peu profonde parmis les pentes abruptes qui bordent cette partie du fjord (- 100 à + 900 m). Le glacier est à 5 miles mais nous l'entendons bien. Nous jetons l'ancre par 10m de fond, et un couscous nous attend. Des milliers d'oiseaux sur la montagne d'en face vont nous accompagner toute la nuit.

Arctique-9

4, Aout : Mouillage de Signe Hamna, dans le Krossfjorden

78° 18 N-15°25 E

Encore ébahis par l'impressionnant glacier du 14 juillet, nous laissons le Rainbow Warrior à la solitude glacée de ces lieux et faisons route vers le mouillage de Signe Hamna, toujours dans le Krossfjorden. Les eaux bleu-vertes du fjord sont parcourues par de nombreux "growlers" et icebergs se déplaçant au gré de nombreux courants aussi compliqués qu'éphémères. Nous accostons et débarquons sur un digne représentant de la catégorie iceberg. Séance photo. A l'encre vers 22h00 et pas mécontents d'être arrivés, nous avalons un fameux couscous (étrangement exotique au milieu de ces glaces) et établissons un rapide programme pour les prochaines 24h. Jicé, Francis et moi irons faire une course en montagne pendant que Nancel, Anne et Paul resteront à bord. Départ prévu à 8h00 : pas une minute à perdre pour se coucher si nous voulons être en forme demain. Nous avons prévu sur la carte de remonter un petit glacier qui s'enroule au tour des Mauds Fjell, pour rejoindre un sommet de 854m. Dès le départ nous sommes saisis par l'immensité des lieux : le "petit glacier" se révèle déja un très gros glacier à l'échelle alpine! Nous le remontons sans problème, surpris de ne trouver que très peu de crevasses. En revanche nous n'avions compté ni sur la neige qui monte jusqu'aux chevilles, ni sur le brouillard qui a très rapidement bouché la vue que nous imaginions très belle... Le sommet, que nous apercevons, semble difficile d'accès: une grosse corniche de neige nous empêche un accès direct à la crête qui mène au sommet. Nous remontons le long d'une arrête rocheuse pour essayer de contourner cette damnée corniche. Arrivés un peu plus haut, le passage devient délicat : nous devons passer dans le départ d'une gorge de pierrier très abrupte, recouverte de neige et surplombée par la corniche. Jicé et moi nous encordons : pendant qu'il m'assurera, je passerai la gorge. Nous sommes prêts; Jicé finit de lacer ses crampons lorsqu'un gros bloc de glace se détache de la corniche, éclate sur quelques roches et finit par descendre le pierrier en mille petites avalanches. Nous prenons alors conscience de l'instabilité de la corniche sous laquelle nous nous trouvons et rebroussons chemin. Une fois redescendus, le Förstebreen, gigantesque mer de glace, nous fait subitement face. Nous décidons de repartir par ce glacier, qui nous permettra de faire le tour des Mauds Fjell. Au milieu de nulle part nous tombons sur quelques vielles caisses en bois contenant des paquets de cigarettes détrempés et de vieux jerrikans d'essence qui semblent dater des années 40-50. Bientôt nous dominons la petite baie de Signe Hamna avec le minuscule Kittiwake au milieu des blocs de glace. Nous regardons nos montres : cela fait plus de huit heures que nous marchons. Une dernière descente et nous rejoindrons le bord du Kittiwake où brûle, nous l'espérons, le petit poêle en fonte. Nous avons vu une part minuscule du Spitzberg "de l'intérieur" grâce à cette course et sommes maintenant convaincus d'une chose : les charmes de ce pays sont réellement incommensurables!

Arctique-15

5, Aout : Escale à Ny-alesund

Communauté humaine la plus septentrionale au monde, Ny-alesund est une base de recherche internationale, ou les Français sont présents avec l'Institut polaire français (IPEV), sur la station Rabot. Nous avons rencontré l'équipe de recherche qui étaient sur le point de fermer la station et de repartir en France. Trois hommes entre 25 et 30 ans qui effectuent des recherches sur une colonie de Kittiwake niché au pied du glacier. Une étape de 2 jours, afin de reprendre un peu de repos, avant notre traversée vers le Groenland.

Nous n'allons plus rencontrer âme qui vive dans les jours a venir, et profitons d'une dernière douche qui se paye cher (50 couronnes).

A Ny-alesund, la communauté vit autour d'un hôtel qui gère beaucoup de choses (poste, repas midi et soir...). Chaque habitant se retrouve donc au moins deux fois par jour dans ce lieu très moderne et d'architecture très contemporaine, que je recommanderais pour une évasion de quelques jours au bout du monde dans des conditions agréables et inattendues.

Le Nodpolhotellet. Tel : (00 47) 79 02 72 00

Mail : booking@kingsbay.no


Arctique-29

7, Aout : Nous sommes tous des touristes

79° 33 N-11°01 E

18 h 35 départ de Ny-alesund au moteur, pour une petite nav de 44 miles. Le temps est couvert, puis le brouillard s'installe. Navigation au radar et au sondeur. Mouillage par 4,5m de fond dans le fjord de Magdalena. Fjord bien connu des touristes, il y a une plage de sable et l'eau et transparente, situation idéale pour observer le glacier qui se trouve au fond a quelques miles. Même avec ce brouillard, le bleu clair du glacier donne toute la lumière au fjord. Une petite cabane de sysselman est à proximité, ils sont deux amoureux de la nature à passer les 2 mois d'été dans cette région. Ils surveillent, observent et rendent compte. Ce qu'ils nous racontent dans un lieu aussi perdu est un peu difficile a entendre, apparemment plus de 10 000 visiteurs débarquent sur cette plage en 2 mois d'été. Des groupes de 200 s'installent pour 2 à 3 heures avec parasol, table et chaise, quelquefois orchestre. Poses photos, puis disparaissent et le silence s'impose à nouveau. Il est vrai que ce fjord est assez beau et facilement accessible mais toute l'équipe a préfère très largement Lillihöök.

Arctique-310

8, Aout : Magdalenafjorden & Smeerenburgfjorden

79° 43 N-11°54 E

0 h 40, nous levons l'ancre.

3 h 50 mouillage à Virgohamna par 4,60 mètres de fond, dans le Smeerenburgfjorden.

Magdalenafjorden et Smeerenburgfjorden sont deux fjords qui font partie du patrimoine culturel du Svalbard, notamment parce qu'au 17° siècle les pêcheurs de baleine y ont installé des bases ou traiter le produit de leurs pêches : graisse de baleine et fanon.

A Virgohamna au début du siècle une base avec hangar a zeppelins a été installée afin de tenter le survol du pôle. Notre promenade de ce matin nous a permis d'apercevoir ces installations, évidement en ruine. Au bout du monde l'histoire aussi nous rattrape.

Il fait froid et cela nous inspire le respect dû a tous ces aventuriers d'autre siècle.

Arctique-306

9, Aout : Grolers en vue

Il fait froid. La glace est pas loin, on la guette, la veille et l'attendons d'un moment a l'autre. Le ciel est sombre, la mer relativement calme, un peu de vent et de houle mais pas encore inconfortable Anne et Jice sont malades, nous sommes donc de quart Francis et moi... et sommes très attentifs.

Avec une vitesse de 7 noeuds, la rencontre avec un groler peu être fatale alors prudence... Nous jetons un oeil dehors toutes les 5 minutes après s'être habillés chaudement. Il fait actuellement 2° et faisons des prélèvements d'eau de mer toutes les heures afin de mesurer la température. Elle descend assez rapidement : en 2 heures elle est passée de 6° à 4°. A 2°, nous nous tenons prêts a affaler et à ralentir l'allure.

Nous avons eu l'occasion de rencontrer des groler, ils flottent au ras de l'eau, ne dépassent que de quelques centimètres, et dans une petite houle il est très facile de ne pas les voir. Leur masse n'est pas énorme, mais suffisante pour être un problème pour Kitti.

De plus, la glace a des colorations très variées, du transparent comme du verre au bleu clair très intense et lumineux.

Il est 3 heures et je vais faire un tour dehors.


Arctique-302

11, Aout : 80° 43 N-001°29 E

18 h 30, nous levons l'ancre, cette fois ci seulement 30 mètres de chaîne a remonter. Je le précise, parce qu'il faut trois ou quatre personnes pour relever cette chaîne, un exercice physique qui en 10 minutes vous "anéantit". Le guindau n'est pas motorisé, et le système de découplement ne fonctionne plus.

Voila action qui vous réchauffe pour la journée. Cela fait trois ou quatre jours que nous sommes sous un ciel couvert et en partie dans le brouillard, c'est au moment de partir que le ciel s'entrouvre pour nous laisser admirer une dernière fois les côtes du Spitsberg. Un court moment de répit, car déja l'horizon est bouché. A 20 heures, juste après avoir contourné la dernière petite île, le cap à suivre est de 310°. Derrière nous, alors que la mer se plombe et que le ciel s'abaisse, sur une très fine bande de quelques centimètres la côte du Spitz brille, comme un trait de lumière. Kitti avance à 7 noeuds de moyenne sous génois, trinquette et misaine.

Il y eu un petit peu d'appréhension de la part de l'équipage, au sujet de ce départ là, j'imagine, mais une fois dans l'action tout est beaucoup plus palpable et concret, et l'enthousiasme revient vite. Ces quelques jours de navigation nous amènent vers des risques nouveaux : la rencontre des glaces (bien que nous en avons rencontré notamment dans Lillihöökfjorden), les températures de plus en plus basses, l'isolement...

Arctique-18

12, Aout : Enfin la banquise.

79° 43 N-11°54 E

A 14 h 52 au point 80° 48 07 Nord et 01° 3768 Est, nous atteignons la banquise, et sommes à 1022 Km du pôle. Depuis, nous la longeons en direction du sud-ouest, espérant trouver une ouverture plein Ouest afin de continuer notre route vers les côtes groenlandaises. Le radar couvert d'échos nous aide à trouver notre route... chose assez difficile car nous sommes cernés par les glaces. L'horizon est bouché, l'aide de la vigie nous est indispensable.

Nous n'avions pas pu monter plus au Nord comme nous l'espérions ni trouver de voies vers l'Ouest et le Groenland ; mais nous avons trouvé la banquise, en tous cas en apparence. Nous sommes actuellement au large a quelques miles du pack de glaces en direction du sud au mieux quant ce n'est pas du sud-est... terrible!! Une impression de demi-tour. Mais nous sommes obligés de contourner cette langue de banquise qui descend du Nord. Cette journée du 11 fut malgré tout splendide, la découverte de ces horizons glacés et grouillant de vie est étonnante de quiétude. Le silence, la lumière et les couleurs ne sont que nuances subtiles et changeantes. Un décor doux et instable, sans repère fixe, sans visibilité aucune. Une absence du pont de quelques minutes et vous ne reconnaissez plus rien. Même la température peut varier à des vitesses considérables.

Le seul et unique point de repère est le cap, non pas le cap compas qui affiche une différence de 50° et qui met un temps fou a se stabiliser, mais le cap GPS. Mais comment ne pas se perdre un peu avec autant de détours et de demi-tours afin d'éviter ces morceaux de banquise. Une recherche qui pourrait devenir extrêmement pénible et un exercice nerveusement usant si nous devions y passer trop de temps. Tous n'est, ici, que fragilité et juste équilibre, et pourrait aisément devenir puissance et chaos déraisonnable. Hors de nos préoccupations les phoques se manifestent régulièrement en passant une tête hors de l'eau, faisant un tour d'horizon et nous regardant avec beaucoup de curiosité, ou se laissent choir de leur promontoire de glace à notre approche. Le mergule nain, définitivement mon oiseau fétiche, fuit à l'approche de notre étrave et vole entre eau et air ne sachant quel support choisir, le plus souvent il plonge tel le petit canard de bain de notre enfance.

Il est encore plus drôle lorsqu'il prend son envol en laissant traîner ses deux pattes écartées, donnant l'impression qu'il ne sait ou les mettre. Et le plus majestueux mammifère, la baleine, qui a manifesté sa présence tout d'abord par son souffle et ensuite par son imposante prestance, calme, puissance, détermination.

Très peu de temps et puis un doux et harmonieux au revoir de sa si caractéristique et immense queue.

Arctique-27

13, Aout : De l'eau liquide, solide et gazeuse.

79° 10 N-001°51 E

Quart de 05H à 08H, arrivé sur le pont un café chaud à la main pour relever Jicé à la barre.

Il fait beau mais une brume fine et pas très épaisse envahit notre horizon. L'ambiance fantomatique est saisissante, la visibilité de 50 mètres, et les glaces apparaissent et disparaissent lentement. Elles sont comme des chimères, reflets soit de nos angoisses soit de nos rêves. Nous marchons à 4 noeuds, vitesse raisonnable pour pouvoir contourner les obstacles tout en gardant un cap général de 270°, plein Ouest.

L'atmosphère est envoûtante, la mer bleu profond reflète le gris de la brume qui change sans cesse de luminosité et de densité, laissant apparaître les couleurs des glaces dans des nuances infinies. Kitti, a si petite vitesse, à l'air de voler au ras de l'eau, faisant défiler le paysage une fois sur tribord, une fois sur bâbord. C'est un univers de silence et de calme absolu, pas une âme vivante. Sauf bien évidement les mergules nains que les légères vagues d'étrave viennent sortir de leurs somnolences et l'apparition a la surface de visages toujours curieux de phoques, qui disparaissent aussitôt. Nous sommes comme a l'aube d'une nouvelle journée et Kitti vient semer un peu de désordre. La ligne d'horizon n'existe pas, sommes-nous la tête en bas, a l'horizontale...

C'est un univers d'eau ou tous ses états sont représentes : liquide, solide, gazeux... c'est la seule chose qui existe. Et tous ces éléments agissent chacun comme un prisme avec la lumière. La mer est comme miroir. Le tout est inerte, ou plutôt en constant changement, mais dans des échelles de temps plus longues et presque imperceptibles.

Un instant plus tard, une très légère brise se lève et la mer s'habille d'une nouvelle peau, rendant ainsi plus lisible la notion de haut et de bas. La brise se calme puis une autre reprend, légèrement plus forte, et vient imposer ses propres rides sur la surface, qui se mélangent ainsi avec une longueur d'onde plus grande. Un entrecroisement régulier et doux.

Nous sommes dos au soleil, qui vient de percer, et face à nous se dessine petit a petit un arc-en-ciel blanc, oui blanc, puis un second a l'intérieur, extrêmement lumineux.

Francis et moi-même sommes la, à la barre, il est 08 h et nous n'avons pas vu le temps passer...

bonne journée...


Arctique-304

14, Aout : limite extreme Nord

80° 48 07

77° 37 N-001°0 W Depuis quelques heures, nous nous sommes éloignés des glaces et longeons la banquise bien au large, entre 10 et 150 miles a l'est de celle-ci. Le vent est toujours inexistant, un large anticyclone est au-dessus de nos têtes, nous contraignant de naviguer au moteur a une allure de 5 à 6 noeuds, dans un brouillard assez épais qui rétrécit notre champ de vision à quelques mètres et nous contraint à une veille forcée, le nez collé au radar. L'ambiance est particulière, entre la table à cartes avec son éclairage intimiste, l'image radar dans les tons vert cathodique, et la lumière extérieure assez froide et blafarde.

Plus de fantômes blancs, de phoques, encore quelques mergules perdus au milieu de rien et régulièrement la visite de pétrels. Il apparaît et disparaît en quelques secondes. Sa curiosité l'incite toujours a faire deux tours de Kitti en passant très bas et très près de l'étrave, puis plus au large à la poupe. Son vol est ponctué de battements d'ailes assez courts et de vol plané au ras de l'eau suivant la houle, à chacun de ses virages il laisse du bout de son aile intérieure une légère traînée sur l'eau. Il fait souvent des approches bâbord et tribord à portée de bras légèrement au-dessus du pont et vient jeter un oeil. L'oiseau n'est pas très beau mais on ne se lasse pas de son manège. Paul, ancien aviateur, fasciné, essaie désespérément de filmer leurs acrobaties, mais ils ne préviennent jamais quant ils nous rendent visite. La journée d'hier a été un tournant dans notre voyage. Après avoir reçu une carte de la situation des glaces dans l'océan Arctique, nous avons pu constater que tous nos efforts pour trouver un chemin vers l'Ouest étaient vains. A plusieurs reprises, nous nous sommes trouvés dans des situations un peu limites, mais consenties par tous. D'énormes morceaux de glaces "vast floes", contraignaient Kitti à forcer le passage, a chaque fois nous prenions un cap plus vers l'Est, mais nous nous sommes souvent retrouvés dans le pack avec très peu de visibilité, et ce jusqu'à 19H30 hier. Cet exercice fut sans doute un peu stressant pour tous, vu l'ambiance détendue du dîner au milieu de l'océan Arctique, une fois la visibilité retrouvée... Mais nous sommes tous venus ici pour ça, et plus encore. Journée décisive aussi parce que la remontée le plus au Nord possible après le dépassement de cette fameuse banquise ne sera pas possible, toute la cote Nord Est du Groenland est prise par les glaces. Jusqu'au 76° la banquise est présente et du 76° au 74°, 75° le pack est relativement pénétrable mais est constitué de "vast floes" et de "giant floes", qui nous barrent la route. Aprés 250 miles a les cotoyer, avec une progression très lente et uniquement possible vers le Sud, nous devons nous résigner à chercher des eaux plus libres et renoncer a notre projet de traversée plein Ouest. C'est le jeu !!!

Le 11 Août nous étions au 80° 48 07 Nord, ça restera le point le plus au Nord.

merci Edouard, et le Danish Meteorological Institute a Copenhague Tel : 00 45 39 15 73 44.

Arctique-22

15, Aout : Des pancakes au petit déjeuné

75° 02 N-008°07 E

5ème jour de navigation après notre départ du Spitsberg.

Depuis le 13, Kitti marche mi-moteur mi-voile. Nous avons eu du vent de Nord Nord-Ouest, et actuellement Ouest. Nous nous sommes éloignés des glaces, et après la traversée d'un pack dérivant hier, plus rien. Nous devons malgré tout garder un oeil sur l'horizon, toute rencontre avec un "glaçon" isolé serait de mauvais goût. Le 13, Kitti a fait ce type de rencontre, avec un pancake d'au moins trente mètres de long, très plat sur l'eau, à une vitesse de 5 à 6 noeuds. Je resterai discret sur l'équipe de quart, cela pourrait compromettre leur carrière de marin. L'événement déclencha un fou rire dans l'équipe. Nous sortions tout juste du pack depuis 10 à 15 minutes, la route complètement libre et la mer calme, il faisait beau, la visibilité très bonne et donc l'esprit un peu plus léger. Toute l'équipe était occupée à l'intérieur lorsqu'un grand bruit résonna dans le bateau. Kitti se cabra, et en quelques secondes fut stoppé: nous avions grimpé sur la glace. Une fois dehors, nous constatâmes que le bloc était brisé en deux et avait adopté la couleur azur de l'antifouling... En quelques secondes, le tour des éventuels dégâts fut fait, et remarquant que c'était le seul bloc sur cette mer, un rire se propagea dans l'équipe et les plaisanteries fusèrent... Depuis vigilance.

Il nous reste, nous l'espérons, 2 à 3 jours avant de rejoindre les côtes du Groenland, si le pack plus au Sud nous laisse passer. Le Groenland est à 3 jours de nav du Spitsberg, il aura fallu le double si ce n'est le triple de temps pour y parvenir. A bord, le rythme des quarts s'est installé, régulier et un peu monotone. Les uns dorment, les autres veillent ou lisent ou...

c'est calme. Nous avons tous du mal a savoir si nous sommes le matin ou le soir. Le temps est découpé en tranches de 3 et 4 heures, sans sens réel, tous emportés par la houle et la bonne marche du voilier. La nuit du 14 au 15 nous est apparue plus sombre, Nous sommes bien en route vers le Sud et la fin de l'été arctique. La différence nuit jour va se creuser. C'est avec beaucoup de regret que je quitterai cette journée sans fin.

Mon quart se finit, je vais enfiler mes tongues hawaïennes et me plonger dans la lecture de magazines "évasion" gentiment offerts par notre sponsor, qui s'est aussi occupé de nos âmes.

Arctique-21

16, Aout : Mouillage à Ella ö

73° 05 N-022°55 W

01H10 la côte du Groenland est en vue. La mer a été désagréable une bonne partie de la journée et de la nuit, avec une houle qui venait par tribord arrière, de la pluie et une température de 2°. Nous sommes passés à la limite Sud du pack, ou nous avons vu au loin les dernières glaces. Enormes, apparemment des "giant floes" (plus de 10 km de long). Nous nous sommes engagés à 06h00 dans Kejser Franz Joseph Fjord, dont l'embouchure fait 20 Km.

Le ciel semble vouloir se dégager, et le vent est tombé. D'énormes icebergs nous attendaient, nos premiers...

22 h 30, mouillage par 5m de fond à Ella ö, île à l'intersection de plusieurs fjords, en face d'une ancienne station scientifique convertie en base de surveillance du parc national. Elle est occupée par la brigade Sirius, 4 militaires danois, en poste pendant deux ans, faisant plus acte de présence qu'autre chose, vu le peu de monde qu'ils ont pu croiser depuis le début de l'été. Sur la carte, un point marque l'existence de ce lieu avec la légende "hunting station". C'est par curiosité que nous nous y sommes dirigés, et la surprise fut de taille en découvrant une telle organisation: 6 baraquements, une splendide cabane, du matériel lourd stocké un peu partout, un petit chalutier et un ponton, le tout peint en rouge, ainsi que 2 zodiacs et une piste d'atterrissage. Le Nord-Est du Groenland étant un parc national très protégé, il faut une autorisation spéciale pour pouvoir s'y rendre. Rapidement nous sommes invités à prendre un verre, qui s'éternisera jusqu'à 5 heures du matin. Nuit sans nuit, chaleureuse et très fraternelle. Nous n'avions vu personne depuis une dizaine de jour, et eux semblaient heureux de partager un moment avec de nouvelles têtes. Le chef de la patrouille avait quelque chose de particulier a fêter:

son retour au pays, le lendemain. Etaient présents aussi 3 retraités, amoureux de l'arctique, embauchés volontaires par la société danoise Nanok, chargés d'entretenir les "hunting huts", que nous avons découvert sur la carte marine. Des anciennes cabane de chasse transformées en abris d'urgence. Elles sont ouvertes et accessibles à tous à la condition de remettre les lieux tel que vous les avez trouvés. Notamment une boite d'allumette ouverte vous attendra sur la table, elle est la garantie de pouvoir allumer un feu même avec des doigts gelés.


Arctique-20

17, Aout : glacier Nordenskjöld

73° 03 N-27°22 E

Départ de Ella ö à 22 h 30, après avoir fais nos adieux au capitaine. Route vers Kjerulfs fjord qui se trouve au fond du fjord Kejser Franz Joseph. Toute la nuit sera splendide : temps dégagé, mer d'huile, icebergs de plus en plus nombreux, et montagnes de plus de 700 mètres de chaque côté du fjord...

Nous sommes dans un "canyon" !!! Détour vers le magnifique glacier Nordenskjöld qui produit tous les énormes icebergs que nous croisons. Puis entrée dans Kjerulfs fjord, dans lequel un embouteillage d'icebergs, de plus de 5 miles, nous attend. Kittiwake se déplace comme une plume au milieu de ces mastodontes paisibles. Paysage irréel, féerique et envoûtant. Le silence est de mise et le respect de ces énormes masses blanches aux milles reflets est une prudence. Un choc pourrait les faire basculer... ils nous écraseraient. Nous avons traversé un espace immobile dans lequel les volumes démesurés sont suspendus comme un pendule, la moindre goutte d'eau de trop peut transformer la situation pour en recréer une plus stable. La plume est passée sans encombre.

Maintenant le fond du fjord est tout près, il nous faut espérer que le retour sera possible...

Arctique-19

18, Aout : Superbe Kjerulfs fjord

73° 03 N-27°22 E

3 jours de halte au fond de Kjerulfs fjord.

Il y a très peu de bruit, pas un souffle, sauf un léger crépitement doux et continu parvenant des icebergs échoués tout près. Les milliers de bulles d'air emprisonnées dans la glace éclatent, et remontent à la surface de l'eau, pour la partie immergée. Kittiwake s'est tu, pas une écoute sur le mat ne résonne, pas un ruissellement sur la coque, pas de craquement de bois. Il n'y a que nous qui occupions l'espace sonore, sans cesse à parler, bouger, faire... Régulièrement une détonation résonne comme un coup de feu court sec et clair, la glace se dilate et moins souvent un son sourd et puissant tel un orage se propage, un iceberg s'est fracturé et perd d'immenses pans.

Ces haltes permettent des échappées. Jicé et Benjamin sont partis pour un trek de 24 heures. Le reste de l'équipe se chargera de réparer le génois déchiré, d'un plein d'eau (500 litres par bouteilles de 1 litre, d'une cascade au réservoir... !!) Un cercle plus restreint permet plus de place pour chacun, plus de calme.

Nous sommes au fond d'un vaste cirque entouré d'une chaîne de montagne de plus de 1000 mètres, très abruptes, comme posées sur une plaque de verre dépoli qui donne cette teinte vert pâle, presque laiteuse dans laquelle le paysage se reflète. L'ocre rouge de la montagne bâbord reflètera des teintes plus noires, la glace est presque invisible et la montagne tribord mauve, aux nuances gris foncé et au sommet enneigé, sera plus verte. Evidemment si le ciel se dégage et que le soleil prend toute sa place, l'eau est inox poli et le paysage est double, une fois à l'endroit une fois à l'envers, à moins qu'un colosse de glace ne chancelle et dans un lent balancement ne retrouve un nouveau point d'équilibre, provoquant une onde parcourant tout le miroir. Après ce mouvement, très rapidement tout se fige. Quelque chose a changé dans le paysage mais on ne le perçoit que si on a assisté à la scène. Les deux versants des montagnes Nord et Sud abritent des troupeaux clairsemés de 5 à 15 boeufs musqués, cet animal si étrange qui a l'air de venir d'un autre temps. Un ours a élu domicile ici. Il a été vu de très près - quelques mètres - par Paul et Anne et ses traces de pas dans le sable marquent bien son territoire.

SAUVAGE voila le premier mot qui vient à la bouche, nous ne connaissons plus dans notre civilisation le sens de ce mot. Nous ne sommes pas vraiment les bienvenus ici, nous sommes sur le territoire des animaux et nous devons faire attention, le port d'arme est indispensable.

Arctique-24

23, Aout : Halte à Forsblads Fjord

72° 52 N-24°45 W

Nous avons décollé hier à 12 heures du Kjerulfs fjord. Le vent s'est levé petit à petit pour souffler, de face jusqu'à force 3-4 dans la nuit, avec une légère houle qui nous contraignait à une vitesse très réduite de 2 à 3 noeuds. Les vents s'engouffrent généralement dans les fjords, nous obligeant à du vent arrière sous voile ou au moteur. La nuit fut donc longue et pas très agréable. Faire demi-tour et reprendre la route en sens inverse est moins plaisant. Nous devons contourner l'île d'Ella ö avant de s'engager dans Kong Oscars Fjord sur quelques miles, puis atteindre Segelsallskapet Fjord qui nous amènera vers Forsblads Fjord. C'est à 11 heures 30 que nous atteignons le fond de Forsblads Fjord, où nous mouillons par 10 mètres de fond. 72° 25' 24 Nord, 25° 48' 256 West. Il y a très peu d'espace disponible pour mouiller car les fonds tombent très vite à plus de 50 mètres. Une amarre est installée entre la poupe de Kittiwake et la berge, nous permettant d'être à 8 mètres du bord. Il fait beau et la température est incroyablement élevée, 16°. Nous pouvons nous poser tranquillement...

L'extrémité de Forsblads Fjord ressemble à un lac de haute montagne extrêmement protégé, de 1 mille de large et 2 milles de profondeur, le dernier virage fermant complètement la vue. Il n'y a pas de glaces et pas de glaciers visibles. Il faudra franchir les premiers cols, 700 mètres, pour les découvrir. La communication via téléphone satellite est pratiquement impossible l'endroit est trop encaissé.


Arctique-23

25, Aout : Pur nature

71° 43 N-23°39 E

4 jours de halte à Forsblads Fjord, ce sont nos 4 jours de "vacances", le lieu est des plus confortable. Abrité du vent (en partie), calme, et nous avons eu la chance d'avoir 4 jours de soleil avec des températures atteignant les 20°... INCROYABLE... Paul et Anne sont partis pour 48 heures de trek en espérant bien atteindre le sommet du glacier Violin. Le 24 vers midi, un violent vent catabatique se levait, nous obligeant à lever l'ancre, le mouillage n'accrochant plus. Nous avons dû effectuer deux tentatives de mouillages avant de trouver un fond qui accroche... mais nous avons, par sécurité, amarré Kittiwake à un rocher sur la berge, les vents étant trop violents. Ils se sont réveillés d'ailleurs une seconde fois le jour suivant pendant quelques heures. Nous avons passé le reste du temps à nous reposer, a tenter d'approcher les boeufs musqués, les sternes... etc. Sans oublier la corvée d'eau, de lessive et quelques belles escapades dans la montagne, avec, comble du luxe, une douche par jour dans une cascade à 8°, pour qui voulait. Un très bel endroit isolé et inaccessible, avec comme seuls voisins une maman canard en pleine séance d'apprentissage auprès de ses trois rejetons, les acrobaties et plongeons des sternes, et la nonchalance des boeufs musqués venant s'abreuver dans la mer.

Toute l'équipe s'est oxygénée, et l'ambiance à bord est décontractée et chaleureuse.

Arctique-26

27, Aout : 70° 28 N-21°57 E

L'ancre est levée à 10H15, pour une nouvelle escale dans Scoresby Sund fjord, la dernière avant de quitter définitivement le Groenland. En cours de route nous nous arrêtons, presque nulle part, un endroit qui ne ressemble à rien, au milieu de rien, ou il n'y a rien à part une station "militaire" Danoise, en espérant trouver un peu de fuel. Nous pensons en manquer pour la suite de l'expédition, car il nous faudrait 200 litres de gasoil. Une fois mouillé et l'annexe a l'eau, nous nous précipitons sur 2 pauvres militaires en mal du pays, qui gentiment retournent dans leur caserne réitérer notre demande auprès du big boss. Il nous rappelle sur VHF 50 minutes plus tard. C'est OK pour le "gazoline", mais demain matin à 9 heures...

En effet il est déja 8 heures en ce lieu (Nyhavn 72°16' Nord, 23°57' West), perdu au fin fond du monde et les bureaux sont déja fermés. Nous dînons et repartons, sûrs de pouvoir faire nos courses un peu plus loin. Avec grande stupeur nous accueillons vers les plus ou moins 2 à 5 heures, le 28 Août, un phénomène étrange que nous n'avions plus observé depuis 1 mois : LA NUIT.

Pas une très longue nuit, mais une vraie nuit ou les étoiles sont visibles. Notre grande journée, qui avait commencé il y a 1 mois, vient de se terminer. Depuis quelques jours nous commencions imperceptiblement à recaler nos temps de sommeil pendant les heures de la nuit, chose assez difficile auparavant.

Arctique-1

28, Aout : Ittoqqortoormiit ou Scoresbysund.

70° 28 N-21°57 E

Le mouillage face à ce village ne tient pas du tout par vent fort, nous avons dérapé toute la nuit et la journée, avec obligation de se repositionner et réancrer 4 fois... La fatigue s'accumule. Nous avons malgré tout pu passer quelques petites heures à terre dans ce petit village de 540 habitants a majorité inuit avec une petite communauté danoise, qui font tout fonctionner ici (poste, banque, etc.) Il y a 10 ans de cela, quand Paul est passé, il avait été accueilli par une horde de bateaux a moteur conduit par des inuits ivres morts et la chose avait plutôt mal tourné, il en a gardé un assez mauvais souvenir. Il semble que les choses ont un peu changé, nous avons appris que l'alcool fort est strictement interdit, il n'y a que de la bière très peu alcoolisée et du vin blanc.

Nous avons trouvé un village calme avec des habitants plutôt méfiants ou réservés, à part les enfants qui nous ont fait une vraie fête. Ils nous a fallu trouver une personne pour souder une pièce en inox pour l'enrouleur de génois et la manière dont on allait pouvoir faire le plein, il n'y a rien de prévu pour les bateaux a fort tirant d'eau. Au large de la baie le Royal Artic est ancré, c'est le cargo d'avitaillement de toute cette région, une annexe fait l'aller et le retour avec le bout de ponton aménagé et c'est du coup une grosse activité dans la ville. Chose qui retombera très vite, nous précise le postier, une fois tout le stock rangé.


Arctique-25

30, Aout : Départ d'Ittoqqortoormiit

70° 33 N-26°11 E

Depuis hier nous naviguons dans le plus grand fjord du monde, Scoresby sund. Partis de Ittoqqortoormiit la veille vers 21 heures après avoir dérapé sur le fond toute la journée, nous nous trouvions pratiquement au même niveau que le Royal Arctic Line, c'est dire assez loin de la côte. Le Royal Arctic Line a levé l'ancre en même temps que nous, lui avec son guindeau électrique, nous avec nos petits bras et "re" 60 mètres de chaîne. Pendant que nous nous activions sur le pont le Royal Arctic Line émit un long et profond coup de corne de brume qui déclencha un double feu d'artifice, du coté du village, ou du monde amassé sur le ponton saluait le départ du navire (ils ne le reverront que dans 8 mois), et de la passerelle du cargo qui s'éloignait doucement a reculons. Entre deux feux nous les remerciâmes tous d'autant de sollicitude à notre égard.

Le jour ne se coucha qu'à 0H30 et un fort vent de face nous obligea a marcher au moteur à une vitesse réduite. A 05H30 une halte s'imposa, la pipe d'échappement corrodée par l'eau de mer se perça, un petit trou, mais un vrai trou. L'habitacle du bateau fut immédiatement enfumé. Paul, bricoleur de génie, trouva une solution. Une demi-heure et nous repartions, malgré tout le pansement ne tenut pas très longtemps, nous obligeant quelques heures après à réduire sérieusement l'allure et même à choisir une destination plus proche.

Nous voulions atteindre le minuscule fjord sur l'île de Danmark ö (ujuakajîpnunâ) à l'entrée de Fonfjord.

Arctique-13

6, Septembre : 65° 22 N-12°31 E

Mauvaise nouvelle pour tout le monde, Paul a décidé ne pas faire escale en Islande. Francis est furieux, il a dit " fait chier". Nous sommes sur la queue de la dépression qui se dirige au Sud Ouest, ce qui veut dire que les vents nous sont favorables pour les 2 jours a venir jusqu'au îles Faroe. Paul, vu les prévisions à 72 et 120 heures, a peur qu'une encore plus mauvaise dépression nous fasse patienter trop longtemps en Islande. Il a mis longtemps a se décider mais voila, tout le monde acquiesce sans véritable enthousiasme, cette halte en Islande était pour nous promesse d'une bonne douche et d'un repos mérité.

Il faut dire que nous commençons sérieusement a être crasseux, se laver est chose impossible. La bonne nouvelle est que nous pouvons capter France Inter depuis ce matin alors nous écoutons la radio... Rien n'a apparemment beaucoup changé depuis presque trois mois. Le vent est de Nord Est de force 5 à 6, la houle de 3 à 4 mètres mais beaucoup plus longue, Kittiwake navigue au largue a 5-6 noeuds. Ca roule toujours autant...

Nos seuls compagnons de route les mouettes qui sans relâche font des vols de haute voltige, un spectacle que je me lasse pas de regarder.

Arctique-303

7, Septembre : 63° 20 N-8°51 E

12 heures - 16 heures, 23 heures - 02 heures, 08 heures - 12 heures... etc. sont nos heures de quart interminables.

La mer et le vent n'ont pratiquement pas variés, c'est maintenant des courbatures que nous avons, nous avons tous une fiévreuse envie d'en finir. Les mots ont laissé la place au silence. Il faut dire que le moteur tourne pratiquement en continu, toujours pour le même problème de batterie que nous avons depuis le départ, il rajoute du bruit au bruit alors on évite d'en rajouter. Les nuages on laissé quelques apparitions au soleil aujourd'hui, donnant une teinte vert foncé extrêmement dure à la mer. Elle a l'air d'être fait d'un bloc dur et compact avec une surface chaotique et écumante. Heureusement, la température augmente au fur et a mesure que nous descendons les degrés de latitude, et notre objectif est à 15 heures de nav. Francis bougonne

Jicé ne dort plus

Benji s'interroge

Anne dort

Paul est amoureux

Nancel lit

THAT ALL FOLKS


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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